• « Galets dans la gorge »

    par Isabelle Lévesque, in La Quinzaine littéraire (1er octobre 2019)

    à propos de Julien Bosc, La demeure et le lieu,
    suivi de Quelques bribes gagnées sur la mélancolie, postface de Jacques Lèbre.
    éditions Faï Fioc, 2019.

    De Julien Bosc, éditeur et poète récemment disparu nous parvient un poème inédit qui mêle les couleurs et lumières du printemps aux ombres de la mélancolie.

    Une « neige d'avril », tardive et miraculeuse, est entrée dans le poème, celle d’une rose, au nom singulier, qui dès le début du livre évoque le printemps qui fleurit, sans faire oublier l’hiver qui reviendra : ce qui entoure, dans l’éveil d’avril, occupe le regard sans lui suffire. Dans « l’ombre adolescente et pas peu fière d’un jeune tilleul », la vie rapproche le poète-témoin des présences dans le jardin qu’il nomme avec précision : fleurs, arbres, oiseaux… Voici « une conscience exsangue la demeure et le lieu », comme si ces seules existences, observées, pouvaient nourrir l’instant et faire renaître (ou revivre) celui qui regarde.

    Dans la demeure de Julien Bosc, le chat est un compagnon important de la grande conciliation du poète avec la nature. Animal domestique, il est intercesseur entre l'homme et la nature sauvage :

     

    Il y fait ses rêves

     

    (dont quelques-uns

    parfois

    sont aussi les miens)

     

    La parenthèse, essentielle ou accessoire, se garde de trancher entre la réalité et le vœu. Nous sommes sur une lisière que le narrateur nous fait suivre du regard, avec lui. C’est ainsi que naissent les poèmes, confie-t-il, « plus tard dans la journée / le soir la nuit / après un jour dix ou vingt ans ». Le délai, aléatoire, se révèle inquiétant lors des périodes de sécheresse pour l’inspiration. Après une bonne averse, l’herbe reverdit. Ce n’est pas si simple pour les mots du poème.

     

    Isabelle Lévesque